Accord cadre CNRDRE-CEDEAO : Quels hommes pour quelle transition
Pour le retour de la normalité constitutionnelle, tel qu'il a été convenu entre le médiateur de la Cedeao et les putschistes du 22 mars dernier, la transition politique s'avère nécessaire pour conduire à des élections crédibles tout en pacifiant le pays, dans sa globalité. Voilà pourquoi le front politique est soudainement pris par l'effet d'une puissante ébullition, chaque des composantes politiques voulant jouer les premiers rôles. La société civile n'est pas en marge de forte agitation au plan interne.
Selon l'accord cadre pour la normalité constitutionnelle, qui vient d'être conclu entre le médiateur de la Cedeao et le capitaine Sanogo, chef de la junte militaire, auteur du coup d'État du 22 mars dernier, ayant renversé le pouvoir d'ATT, on s'achemine inéluctablement vers une tradition démocratique dont les modalités ne sont pas encore précisées.
Mais, n'empêche, déjà, au sein des états-majors politiques, c'est la grande agitation: on se bouscule comme on peut pour se voir jouer les premiers rôles dans une transition démocratique, fortement attendue par tous comme étant le processus politique qui doit donner un nouveau départ à un pays malmené, ces dernières années, par de graves dysfonctionnements de la démocratie, sur fond d'une crise sécuritaire qui n'a jamais égalé l'ampleur qu'elle a eue aujourd'hui avec la menace réelle de la partition du pays.
Si on s'accorde sur la désignation, par la Cour constitutionnelle, d'un président de la république par intérim, en la personne de Dioncounda Traoré, en application de l'article 36 de la constitution qui réglemente le phénomène aigu de la vacance du pouvoir, il est tout aussi logique que la mise en œuvre des organes de la transition soulève tant de polémiques.
Déjà, dans les coulisses, a-t-on appris, les tractations sont difficiles à mener; le choix d'un premier ministrable étant plus nettement à trancher par l'effet d'un consensus. C'est d'ailleurs là, l'une des difficultés de ce plan de sortie de la crise, en ce sens que la transition politique, telle qu'elle a été définie pour le retour à la normalité constitutionnelle, met l'accent sur le caractère consensuel des personnalités devant diriger cette transition.
De ce fait, apprend-on, les consultations discrètes, entamées avec les partis politiques, semblent être plus difficiles à mener, en raison justement que chacun des partis souhaite garder pour soi le choix des futurs dirigeants de la transition.
Au rythme où vont les choses, nous a-t-on confié, il sera très difficile de s'accorder sur une personnalité politique consensuelle tant les convoitises sont déjà fortes, d'un parti politique à un autre.
En fait, déjà dans les coulisses, de nombreuses personnalités maliennes, plus ou moins connues du grand public, sont pèle-mêle annoncées pour soit configurer dans la nouvelle transition politique, soit pour en assurer le haut commandement politique. Parmi ces personnalités consensuelles, on rapporte qu'elles ne sont pas tous étiquetées comme des cadres politiques; certaines d'entre elles sont issues de la diaspora malienne (Dialla Konaté, Fad Seydou, Diola Bagayoko, Zahaby, Zeidane Ag Sidalamine), des institutions internationales (Hammadoun Touré, Michèle Sidibé, etc.), ou tout simplement de structures nationales indépendantes (Sidi Sosso Diarra).
Au-delà de la coterie politique, il n'est pas exclu que la société civile rentre dans la danse.
Selon certains, ce n'est d'ailleurs la pire solution imaginable dans ce contexte tendu du fait de la trop grande convoitise des partis politiques à vouloir tout contrôler dans l'appareillage de la nouvelle transition.
Les acteurs de la société civile, toujours selon ces sources, auront leur mot à dire d'autant que les partis politiques n'arrivent pas, à cause des divergences insurmontables, à s'accorder les violons sur le choix de ces personnalités consensuelles.
Autres atouts favorables à l'entrée en force de la société civile: la transition démocratique, telle qu'elle s'annonce dans un contexte politique de crise aussi marqué, comme celui-là ayant débouché sur la démission du président déchu, doit être principalement pilotée par une personnalité neutre, plus technocrate que politique, et ayant une nette appréciation des problèmes existentiels auxquels le pays est confronté.
S'agissant de la dernière crise constitutionnelle, née dans le pays, du fait du coup d'État militaire, un éveil de conscience, selon certaines informations crédibles, est parti des opérateurs économiques, regroupés au sein du groupement des commerçants, sous la férule du doyen Soya Golfa, pour s'illustrer, au nom de la société civile, dans la mise en œuvre de la nouvelle transition politique qui se dessine dans le pays.
Pour ces acteurs de la société civile, l'implication des opérateurs économiques dans le processus politique de la transition démocratique s'explique nettement par le fait qu'ils sont parmi les citoyens qui payent le tribut le plus élevé des violences politiques (saccage des magasins, paralysie de l'activité commerciale, destruction des biens privés,etc.). C'est donc dans cette perspective dynamique que les opérateurs économiques, eux, n'entendent plus observer en spectateurs passifs les mutations politiques, comme celle de la nouvelle transition politique qui s'annoncera bientôt dans le pays.
Au sein du groupement des commerçants, l'on sait qu'il existe des compétences intrinsèques (capacité professionnelle avérée) permettant aux opérateurs économiques de jouer pleinement leur partition, dans les diverses responsabilités de la vie publique, pour l'édification de ce nouveau Mali nouveau dont tout le monde rêve désormais, à partir du double péril politique et sécuritaire qui l'a menacé, des derniers temps. Les responsables de ce groupement, comptant sur la densité et la fluidité de leur implantation au plan national, et misant sur le rôle accru dont certains de ses ressortissants ont joué dans la crise actuelle, estiment, à bon droit, que l'alternative la plus crédible pour une meilleure transition politique pourrait venir de l'implication des opérateurs économiques dans ce processus de refondation du pays.
Sékouba Samaké


